Faroud

Faroud n'avait rien fait de spécial en ce début de matinée. Quand, à sept heures du matin, le réveil déposé sur sa poitrine avait sonné, il s'était souvenu qu'il avait rendez-vous à huit heures tapantes à la cafétéria de Palexpo. Comme un robot, il avait émergé de la baignoire dans laquelle il avait passé la nuit et était directement sorti de l'appartement d'Uriel Muller pour se diriger vers l'arrêt de l'autobus. Le réveil sonnait toujours mais il ne s'en était pas aperçu. Dans la rue, les gens le regardaient bizarrement.
- Je dois être mal peigné.
Il était monté dans l'autobus pour Palexpo accroché à son réveil comme jadis il s'était accroché à son cartable ou à son poster. Quand au loin, le cube noir de Palexpo lui était apparu, il s'était dit...
- Je vais marcher un peu, ça va me faire du bien.
...et il était descendu de l'autobus. Après, il avait marché comme un robot en direction du grand cube noir. La sonnerie du réveil avait cessé depuis longtemps et le tic-tac du mécanisme régularisait les battements de son coeur.
- Faudra pas que j'oublie de le remonter.
Il approchait de Palexpo mais le réveil ne voulut pas y aller et pencha à gauche. Le réveil était bien lourd alors Faroud le suivit. Quand le réveil devint plus raisonnable et pencha à droite, Faroud fut bien content. Mais le réveil était capricieux : il avait fallu beaucoup zigzaguer pour parvenir à Palexpo. Alors Faroud était un peu en retard, voilà tout...
- C'est la faute au réveil, s'excusa-t-il quand il se fut un peu remis.

O. Courcelle, Le Théorème de Travolta, Editions Plon, 2002