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- Alors tu t'y connais en géométrie algébrique ? Jean-Jacques ne connaissait la géométrie algébrique que de nom. On ne lui avait jamais enseigné cette noble matière. Mais pourquoi avouer son ignorance quand on peut faire autrement ? - En amateur. Je l'ai étudiée seul. Par curiosité intellectuelle. Pour m'ouvrir l'esprit. N'empêche, j'en sais suffisamment pour apprécier ce que tu as fait. Plus j'y pense et plus je me dis que c'est fort ton truc. Alors Faroud retrouva un peu de verve. Il expliqua à gros traits les faisceaux de jets à structure inverse. De temps à autre, il s'interrompait pour savoir s'il était bien compris. Jean-Jacques, largué dès la première seconde, répondait systématiquement : - Oui. Systématiquement mais pas invariablement. Car il y a plusieurs façons de dire oui. Durant l'interminable monologue de Faroud, Jean-Jacques porta le oui à un état proche de la perfection. Son oui invitait l'orateur à poursuivre tout en lui signifiant que son discours était parfaitement compréhensible en même temps que singulièrement intéressant. Le plus dur, c'était de ne pas s'endormir. Vint l'heure tant attendue de la délivrance : - Bien évidemment, on pourrait penser que le couplage n'apporte pas grand chose. C'est une possibilité... Enfin on verra bien... Le dernier oui s'exprima sous la forme d'un long silence. Alors Faroud s'enquit : - Tu travailles sur quoi ? Sur pas grand-chose. Jean-Jacques n'avait pas officiellement commencé sa thèse. Une semaine auparavant il avait rencontré Cardoso qui lui avait donné le manuscrit d'un traité de codorbisme holomogique. Il en avait lu trois lignes. A quoi bon passer pour un minus quand on peut faire autrement ? - Je travaille sur le codorbisme holomogique. - C'est quoi ? - Ce n'est pas très important. Je ne sais même pas si j'en ferais un chapitre du brouillon de ma thèse. Pour être honnête, j'ai déjà suffisamment de matière comme ça... Jean-Jacques sentit qu'il ne pouvait s'arrêter là dans la description de ses travaux. Il décida d'être prudent : - Je travaille au Laboratoire pluridisciplinaire des sciences de Marseille. Tu connais ? - Non. Ça tombait bien. - Un chapitre de ma thèse concerne le renversement du champ magnétique terrestre. Ça mouline. Tantôt dans un sens, tantôt dans un autre. Aléatoirement. J'ai trouvé le moulin : cycle hétérocline. Ça en jetait. Surtout quand on se grattait négligemment l'entrejambe pour sous-entendre que des idées comme ça, on en produisait à jet continu. |
O. Courcelle, Le Théorème de Travolta, Editions Plon, 2002